Extrait de "Un officier de cavalerie", souvenirs du Général L'HOTTE :
Nous sommes en 1873. BAUCHER, malade, est mourant. L'HOTTE rend visite à son ancien maître. Il raconte :
"Dès que je fus rentré, il me dit : "Ah ! que vous avez bien fait de venir."
...
Puis revenant à son art, objet des travaux, des méditations de toute sa vie : "Avez-vous, me dit-il, pratiqué avec suite mes derniers moyens, auxquels vous seul avez été complètement initié ? Je suis heureux, avant de mourir, de vous les avoir transmis."
...
"Mais, pour ne prendre que sur les résistances, il ne faut jamais rapprocher vos poignets du corps, jamais ramené à vous, sans quoi vous prenez sur l'élan du cheval, même sur son poids, alors tout s'en va." Sa voix était faible ;
...
Mais la mimique accompagnant ses paroles était des plus expressives. Les mouvements des mains, des bras, du corps, mieux encore que la parole, rendaient saisissantes les dernières inspirations du maître.
...
Il me parla de mon régiment et m'entretint encore de ses derniers moyens.
...
Alors, prenant ma main et lui donnant la position de la main de bride, il dit : "Rappelez-vous bien, toujours ça." et il immobilisa ma main sous la pression de la sienne. "Jamais ça", et il rapprocha ma main de ma poitrine. "Je suis heureux de vous donner encore ça avant de mourir."
En le quittant, je l'embrassai et sa main serra bien affectueusement la mienne. Je ne devais plus le revoir que dans le cercueil."
Moralité :
Ainsi, un des plus grands maîtres de l'équitation, sur son lit de mort, voulant léguer à son élève, reconnu comme un des meilleurs écuyers d'Europe, un dernier message, le considérant comme le plus important de ce qu'il pouvait encore lui donner, a été ... de ne pas tirer sur les rênes.
Ami cavalier, cela ne te laisse-t-il pas un peu rêveur ?
Alors, à partir de maintenant, n'oublie pas : "Toujours ça, jamais ça."